Raptor, la vitrine sans vitres et inviolable
Elle s'offre sans fard sur son présentoir. Elle peut y briller de tous ses feux sans craindre les mains baladeuses. Car passé la frontière invisible, zip clac, la précieuse disparaît dans son socle et s'enferme à double tour dans un coffre en acier.
« La vitrine sans vitres, c'est un peu la quadrature du cercle », explique Xavier Dietlin, de la société Dietlin Artisans Métalliers. Ce fabricant de vitrines spécialisé dans l'horlogerie confie avoir tourné le problème dans tous les sens : « Nous avons imaginé les solutions les plus farfelues, comme une protection par un courant électrique ou une fenêtre de vision très mince, mais dans tous les cas, la difficulté principale était d'assurer une vision parfaite du produit sans compromettre sa sécurité. »
Mission impossible
Sur le mandat de la société Dietlin et avec le soutien financier du Service vaudois de l'économie, il aura fallu 18 mois de travail à deux start-up du Parc scientifique d'Ecublens — FiveCo et BlueBotics — pour résoudre cette équation apparemment insoluble.
Le résultat prend la forme d'un présentoir de 40 centimètres sur 120 de haut. Une vingtaine de capteurs infrarouges sont cachés sous la surface supérieure et détectent les mouvements dans une zone très précise — et réglable — autour de l'objet exposé.
Cette barrière invisible franchie, le support se rétracte en un dixième de seconde dans un cylindre d'acier. Pour ne pas abîmer les mécanismes des montres exposées, les ingénieurs de BlueBotics ont conçu un système de décélération qui rend le mouvement moins brusque.
« Malgré la technologie employée, nous sommes parvenus à garder le prix de l'unité à une dizaine de milliers de francs, soit 30 % plus cher qu'une vitrine traditionnelle haut de gamme », précise Xavier Dietlin.
« C'est une révolution ! »
« Ce nouveau mode d'exposition va révolutionner le monde du luxe et de l'horlogerie ! » s'enflamme Jean-Claude Biver, PDG de la marque Hublot, qui semble encore plus enthousiaste que les concepteurs eux-mêmes. L'horloger a signé un contrat d'exclusivité avec l'entreprise Dietlin pour les deux prochaines années. Hublot profitera du salon spécialisé BaselWorld, la semaine prochaine, pour dévoiler son présentoir high-tech.
« Pour moi, la question de la sécurité n'est pas primordiale, poursuit Jean-Claude Biver. Ce concept est génial parce qu'il enlève une barrière entre le spectateur et l'objet qu'il contemple. Et cela ouvre des opportunités fantastiques pour la mise en scène de nos produits. »